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Le cacao, un allié pour traverser les seuils de la vie

Dernière mise à jour : il y a 7 heures


Il y a un peu plus d'un an, j'ai découvert le cacao.


Initialement, mon idée n'était pas d'accompagner qui que ce soit, c'était simplement pour moi, dans mes propres tasses bues seule le matin, en chantant, en rédigeant mon journal ou en écoutant le chant des oiseaux.


Ce qui est monté, séance après séance, c'est quelque chose que j'ai fini par appeler, faute de mots plus justes, le sentiment d'être amoureuse de ma vie : une ouverture à l'autre, au vivant, à tout ce qui m'entourait, qui ne ressemblait à rien de ce que j'avais connu jusque-là. J'ai continué à en boire, à observer ce que cette plante déplaçait en moi, et l'idée a fait son chemin doucement, comme cheminent les idées justes : et si le cacao, qui m'avait tant apporté à titre personnel, pouvait aussi soutenir les personnes que j'accompagne dans leurs deuils et leurs passages de seuil ?


Je me suis formée à son usage cérémoniel, avec le sérieux que mérite une pratique aussi puissante, et c'est cette formation qui me permet aujourd'hui d'écrire ce texte autrement que par curiosité théorique.


Car il y a quelque chose de particulier dans la texture du deuil. Le corps se referme, et le cœur avec lui, dans quelque chose qui s'apparente à une nuit de l'âme. On tient, on fonctionne, on gère les papiers, les proches, les silences gênés des autres, et pendant ce temps tout reste figé quelque part entre la gorge et le sternum. C'est dans cet espace-là, précisément, que le cacao cérémoniel trouve sa place


Le cacao n'est pas comme une solution, je préfère le nommer un facilitateur.


Un double mouvement : s'ancrer et s'ouvrir


Le deuil demande deux choses qui semblent contradictoires. Il faut de la solidité pour ne pas se disperser, et il faut de la fluidité pour que ce qui doit circuler puisse circuler.


Beaucoup de personnes en deuil restent bloquées d'un côté ou de l'autre : soit hyper contrôlées, soit submergées. Le cacao agit précisément sur cette tension.


Bu chaud, en cercle ou en tête-à-tête, dans un cadre posé et accompagné, il installe d'abord une présence corporelle. On sent le liquide descendre, la chaleur se diffuser, le rythme cardiaque s'accélérer légèrement. C'est concret, physique, presque terre à terre : rien d'éthéré là-dedans.


Cette présence corporelle devient un point d'ancrage à partir duquel il devient possible de laisser venir ce qui a besoin de venir : les larmes, la colère, mais aussi, la joie. Une joie qui n'a rien d'indécent face à la perte, mais qui avait simplement été mise sous cloche parce qu'on ne savait pas où la ranger au milieu du chagrin.


Ce que contient réellement une fève de cacao


Le cacao cru, non transformé par l'industrie sucrière, est une matière dense. Sa composition explique en grande partie ce qu'on observe en cercle.


La théobromine en est l'alcaloïde principal. C'est un stimulant doux, cousin de la caféine mais avec une action plus longue et plus enveloppante : elle dilate légèrement les vaisseaux sanguins, soutient le cœur sans le brusquer, et procure cette sensation d'éveil sans nervosité. C'est elle qui donne au cacao sa réputation de plante qui "réchauffe sans agiter".


Le magnésium, le fer et le zinc sont présents en quantités notables. Le magnésium en particulier joue un rôle direct dans la régulation du système nerveux et la détente musculaire, deux fonctions particulièrement sollicitées par un corps en état de deuil, souvent tendu ou contracté sans même que la personne s'en rende compte.


Le cacao contient également de la phényléthylamine (PEA), une molécule associée aux états de connexion et de légèreté, et du tryptophane, précurseur de la sérotonine, qui participe à la régulation de l'humeur.


Sur l'anandamide, un mot de rigueur s'impose, parce que beaucoup de discours sur le cacao cérémoniel enjolivent ce point. Le cacao n'en contient que des traces, en quantité trop faible pour produire un effet direct. Ce qu'il contient en revanche, ce sont des composés (des N-acyléthanolamines) qui ralentissent la dégradation de l'anandamide que le corps produit lui-même. Autrement dit, le cacao ne fournit pas la molécule du bien-être, il aide le corps à conserver un peu plus longtemps celle qu'il fabrique déjà. C'est une nuance importante, et c'est aussi ce qui me plaît dans cette lecture : le cacao ne fait rien à la place de la personne, il soutient ce qui est déjà là.


Un facilitateur, pas un raccourci


Je ne présente jamais le cacao comme une potion magique. Il ne remplace pas le temps du deuil, il ne dispense de rien : ni des larmes, ni de la parole, ni de l'accompagnement. Ce qu'il fait, c'est ouvrir un accès plus direct à ce qui, sans lui, aurait mis plus de séances, plus de semaines, plus de détours à émerger. Il accélère le chemin vers ce qui est déjà en train de se passer, il ne le crée pas de toute pièce.


C'est aussi une pratique qui ne crée pas d'accoutumance, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer d'un rituel régulier. Ce n'est pas une substance dont le corps réclame toujours plus. C'est un soutien ponctuel, à des moments choisis, avec une intention claire.


Cela dit, ce n'est pas non plus anodin. Le cacao cérémoniel se prépare et se dose avec sérieux, et certaines précautions existent : il n'est pas indiqué en cas de pathologie cardiaque non stabilisée, de grossesse, ou en interaction avec certains traitements. C'est précisément pour cette raison que je me suis formée à son usage cérémoniel, et que je ne le propose jamais en dehors d'un cadre pensé et accompagné.


Une origine choisie avec soin


Le cacao que j'utilise n'est pas choisi au hasard. La conscience et la responsabilité dont je parle ne s'arrêtent pas au moment où la tasse est bue, elles traversent toute la chaîne, depuis la terre jusqu'à mes mains.


Les familles de producteurs ont été choisies pour leur manière de cultiver et de transformer le cacao, et rémunérées à la juste hauteur de ce travail. Le transport lui-même fait l'objet du même soin : le cacao que j'achète voyage désormais à la voile, un choix qui allège son empreinte écologique et qui prolonge, jusque dans son trajet, l'intention qui l'accompagne.


Ce que je propose désormais


Cette formation m'a permis d'intégrer le cacao dans plusieurs de mes propositions.


Dans les cercles de parole autour du deuil, il ouvre l'espace avant que les mots ne viennent, il donne au groupe une assise commune. Dans le travail autour du carnet de deuil ©, il accompagne les moments de création les plus délicats, ceux où la main hésite avant que le geste juste n'arrive. Et dans les cercles en nature, sur la plage ou en forêt, pensés pour les personnes en deuil comme pour celles qui traversent un autre seuil de vie, il ancre le corps dans l'instant présent pendant que le lieu fait le reste du travail.


Le deuil n'a pas besoin d'être traversé seul, ni traversé vite. Mais quand le moment est là et que la personne est prête, le cacao peut être ce petit coup de pouce qui rend le passage un peu plus supportable, et parfois même, un peu plus lumineux.

 
 
 

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