Le carnet de deuil : un espace pour traverser le seuil
- aureliepaquignon
- 24 août
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours

On associe souvent le deuil à la mort d'un proche. C'est une part de la réalité, mais une part seulement. On fait le deuil d'un couple qui se sépare, d'un déménagement qui referme un chapitre de vie, d'une maladie qui transforme un conjoint sous nos yeux avant même que la mort n'arrive. On fait le deuil d'un lien avec un enfant qui s'éloigne, ou de l'enfant qu'on n'est plus. On fait le deuil d'une vie qu'on avait imaginée et qui ne sera pas celle-là, quand le projet d'enfant n'aboutit pas. On fait le deuil d'une forêt qui brûle.
Le carnet de deuil est un outil que j'utilise désormais dans mes accompagnements, formée à cette méthode créée par la psychologue Nathalie Hanot. Je souhaite prendre le temps de raconter ce qu'il permet, pourquoi il me touche autant, et ce qu'il vient faire dans ma pratique.
Un seuil, au sens propre
Van Gennep, dans son étude des rites de passage, décrit trois temps : la séparation d'avec ce qui était, la marge, ce moment suspendu où l'on n'est plus tout à fait ce qu'on était sans être encore ce qu'on va devenir, puis l'agrégation, le retour dans le monde avec une identité recomposée.
Le deuil suit exactement ce mouvement, sauf que personne ne nous prévient qu'on y entre, et personne ne nous accompagne toujours pour en sortir. On reste parfois des années dans la marge, sans rituel pour la nommer ni pour la refermer.

Le carnet de deuil crée ce rituel. Il donne une forme concrète à un passage qui, sans lui, resterait diffus, sans début ni fin identifiables. Deux jours, un cadre, un groupe ou un accompagnement individuel, et un objet qu'on referme à la fin en sachant qu'il continuera de vivre après.
S'octroyer un temps pour honorer sa perte
Ce qui frappe la plupart des personnes qui font ce travail, c'est la permission qu'il leur donne. La permission de s'arrêter, alors que le quotidien continue d'exiger qu'on travaille, qu'on s'occupe des autres, qu'on tienne. La permission de dire que cette perte compte, même quand elle n'entre dans aucune case reconnue socialement : un deuil blanc face à la maladie d'un conjoint qui est encore là mais déjà ailleurs, la perte d'une relation avec ses propres enfants, la perte de la vie qu'on aurait pu avoir.
J'accompagne des personnes qui traversent chacune de ces situations. Aucune n'est
plus légitime qu'une autre. Le carnet ne hiérarchise pas les pertes. Il offre le même espace, page après page, à ce qui fait mal, quelle qu'en soit la nature.
Accueillir les émotions, se laisser traverser
Le carnet ne cherche pas à résoudre ni à accélérer quoi que ce soit. Il propose des gestes simples, coller, écrire, déchirer, peindre, qui permettent au refus, à la colère, à la peur, à la tristesse de trouver une forme s. On ne raconte pas son deuil, on le dépose page après page.
Deux figures reviennent tout au long du parcours : un miroir, qui invite à regarder la personne qu'on devient, et un petit marcheur, inspiré de L'Homme qui marche de Giacometti, qui rappelle qu'on avance même quand on a l'impression de ne pas bouger, même quand on recule.
Ces deux repères transforment une succession de pages en un chemin qu'on peut relire.
Mon propre carnet : la forêt brûlée
J'ai fait mon propre carnet de deuil sur les incendies de Gironde. Ce n'était pas la perte d'une personne, mais celle d'un paysage, d'une forêt que je connaissais, et d'une forme d'innocence face au vivant. Ces incendies ont aussi été pour moi un seuil de plus dans la manière dont je perçois le dérèglement climatique : on ne le lit plus seulement dans des rapports, on le voit calciné devant soi.
Le deuil écologique se traverse avec les mêmes outils que n'importe quel autre deuil. La colère, la peur de l'avenir, la tristesse devant une forêt réduite en cendres, tout cela a trouvé sa place, page après page. Les photos de ce carnet illustreront cet espace du site, parce qu'elles disent mieux que des mots ce que ce travail produit.
Douceur, profondeur, sincérité
Ce qui me touche dans cette méthode, c'est qu'elle tient les trois à la fois. La douceur, parce qu'aucune étape ne force quoi que ce soit : on avance à son rythme, avec ce qu'on a ce jour-là.
La profondeur, parce que le passage par la matière, le collage, la déchirure, l'encre qui coule, touche des endroits que les mots seuls n'atteignent pas toujours.
La sincérité, parce que le carnet ne juge pas ce qui sort. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise page.
Une pratique qui s'articule avec d'autres
Le carnet de deuil ne fonctionne pas seul dans ce que je propose. Il dialogue avec d'autres formes que j'accompagne : les rituels et cérémonies qui marquent un passage de manière collective, le cacao cérémoniel qui ouvre le cœur avant un temps de création ou d'écriture, le mandala qui donne un centre et une forme à ce qui semble éclaté, les pratiques narratives qui aident à reprendre la main sur l'histoire qu'on se raconte de sa propre perte.

Selon les personnes et les moments, je propose le carnet seul, ou intégré à un cercle plus large, sur un week-end ou en séances individuelles. Ce qui compte, c'est que la forme serve le fond, jamais l'inverse.
Si vous traversez une perte, quelle que soit sa nature, et que vous cherchez un espace pour l'accueillir sans vous presser, je propose des accompagnements individuels et des ateliers de groupe autour du carnet de deuil. [Acceder aux dates / à la réservation]




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