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De l'intention au contrôle, un pas si vite franchi

Un matin de cacao, des intentions pour chaque arbre



Ce matin, je me suis posée dans mon jardin avec une tasse de cacao cérémoniel. Un moment pour moi, un moment de reliance avec l'instant présent. J'ai choisi de poser une intention, comme je le fais souvent avant de boire, et ce matin-là, elle est venue simplement : me relier plus fortement encore avec le vivant qui m'entoure.


Je me suis alors surprise à parler à chaque arbre en particulier, à lui souhaiter quelque chose de précis : grandis bien, deviens au moins aussi grand que moi, prends racine pour aller chercher l'eau loin sous la terre. C'était de l'amour, sincèrement, mais un amour qui portait en lui une direction, une attente sur la forme que devait prendre la croissance de cet arbre.


J'ai accueilli cette découverte avec douceur, sans m'en vouloir, et elle a ouvert en moi une question que je porte depuis : à quel moment une intention reste-t-elle porteuse, une main tendue vers ce qui pousse, et à quel moment devient-elle l'expression d'un désir de tout orchestrer.


Le contrôle qui se cache dans nos souhaits pour les autres


Cette question ne concerne pas seulement les arbres. Elle traverse toutes les intentions que nous formons pour les autres, humains ou non humains : souhaiter la guérison à quelqu'un, lui souhaiter de la chance, du bonheur, de la réussite dans une épreuve qu'il traverse.


Ce sont des élans qui viennent d'un vrai désir de bien, et c'est justement pour cela que le contrôle qu'ils peuvent contenir passe inaperçu. Il est plus facile de reconnaître le contrôle quand on le porte pour soi que quand on croit le donner à quelqu'un d'autre au nom de son bien.


Une prière adressée à la source, un souhait formé pour une personne qu'on aime, une intention posée avant une retraite, tout cela peut glisser vers la même mécanique : je veux que ce soit ainsi, à ce moment précis, sous cette forme précise. Et cette habitude d'avoir des objectifs, aussi belle soit l'intention de départ, nous coupe peu à peu de l'amour gratuit, du temps gratuit, et surtout de la confiance que ce qui nous parvient est déjà ce qu'il y a de plus juste et de plus ajusté pour nous.


Cesser de tambouriner à la porte


Amandine Adnot, dont l'enseignement m'accompagne et m'inspire depuis longtemps, décrit cette dynamique avec une image qui m'a beaucoup touchée : celle de quelqu'un qui tambourine à la porte de la source, qui demande, qui exige, qui réclame. Un jour, épuisé par ce tambourinement, il cesse de demander. Et c'est à cet instant précis que la porte s'ouvre, non pas vers l'extérieur pour donner accès à quelque chose qui nous manquait, mais vers l'intérieur, révélant ce que l'on portait déjà en soi depuis le début.


Une intention lâchée, un cadeau reçu


C'est exactement ce que j'ai vécu pendant ma retraite de six jours en forêt, cet été, sur les terres familiales en Ariège. Avant de partir, mon intention première était d'entrer en communication avec le vivant, visible et invisible.


En l'examinant d'un peu plus près, j'ai réalisé que cette intention ressemblait beaucoup à une volonté de contrôle : vouloir revenir de la forêt avec une compétence nouvelle, c'était vouloir tenir les rênes de quelque chose qui, par nature, ne se laisse pas commander. J'ai alors changé d'intention, et la nouvelle, plus modeste en apparence, tenait en une seule question : qui suis-je, une fois dépouillée de mes conditionnements, de tout ce que les autres ont façonné en moi.


Ce fut l'un des grands étonnements de ce voyage : la première intention, celle à laquelle j'avais renoncé, a fini par se réaliser quand même, comme un cadeau reçu après avoir cessé de le réclamer. Pendant la retraite, la communication avec les arbres est devenue réelle et s'est déployée progressivement, d'abord comme une simple énergie, une présence diffuse ressentie au contact d'un tronc, puis, sans grand étonnement de ma part tant cela semblait juste, quelque chose de net et de verbal, presque banal dans sa clarté.


Recevoir plutôt que tendre vers


Le cacao cérémoniel et la méditation m'aident chaque jour un peu plus à recevoir avec cette sagesse-là. Recevoir est exactement le contraire de l'intention telle qu'on la pratique le plus souvent : l'intention, étymologiquement, tend vers l'extérieur, elle cherche quelque chose au-delà de soi.


Je propose de remplacer ce mouvement vers l'extérieur par une attention donnée à notre capacité à recevoir, à l'intérieur : discerner, dans ce que la vie nous offre, ce que nous devons garder, comprendre, transmettre ou travailler, et accueillir que tout ne nous appartient pas de la même manière.


Ainsi, l'intention ne serait plus d'envoyer des demandes précises à la source ou à notre environnement, mais d'envoyer de l'amour inconditionnel, et d'apprendre, avec patience, à recevoir ce qui vient.

 
 
 

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